{"id":277,"date":"2026-07-09T09:08:59","date_gmt":"2026-07-09T08:08:59","guid":{"rendered":"https:\/\/waterandsea2021.uni.lu\/sous-la-surface\/"},"modified":"2026-07-09T09:08:59","modified_gmt":"2026-07-09T08:08:59","slug":"sous-la-surface","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/waterandsea2021.uni.lu\/en\/sous-la-surface\/","title":{"rendered":"Sous la surface"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>par&nbsp;Marie-Anne Lorg\u00e9 (critique d\u2019art)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>\u2026..<strong>La<\/strong> voyelle O est bleue, c\u2019est comme \u00e7a depuis Rimbaud. Et le bleu, c\u2019est la couleur qui dit symboliquement la mer. Et quand les artistes nous parlent d\u2019eau, ce n\u2019est pas tant des fleuves et rivi\u00e8res, auxquels on a tellement fait violence depuis la r\u00e9volution industrielle, en d\u00e9tournant les lits, bouchant les biefs, mais c\u2019est d\u2019abord pour mieux prendre la mer. Avec ses ressacs, ses naufrages \u00e0 la fois humains et \u00e9cologiques, ses mirages, scintillements r\u00e9els ou imaginaires, ses ailleurs toujours fantasm\u00e9s et ses mythes. Quand, par exemple, Marco Godinho convoque le l\u00e9gendaire Hom\u00e8re, suppos\u00e9 aveugle, sa licence po\u00e9tique (ou s\u00e9miotique) ose un \u00ab \u00d4 mer&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..En<\/strong> tout cas, \u00e0 la mer, l\u2019homme mesure sa condition. Et ses peurs. Ce sont elles qui habitent les visions artistiques propos\u00e9es lors du 12<sup>e<\/sup> Congr\u00e8s de l\u2019IAWIS\/AIERTI, \u00e9v\u00e9nement d\u2019envergure mondiale organis\u00e9 par Nathalie Roelens, professeure \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Luxembourg.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Si<\/strong> pour les artistes visuels, Jean-Marie Ghislain (photographe sous-marin belge) et Herv\u00e9 Massard (plasticien franco-viennois), il s\u2019agit de faire voir \u2013 en privil\u00e9giant une image esth\u00e9tis\u00e9e, porteuse souvent d\u2019une charge narrative \u2013 pour l\u2019\u00e9crivain, le po\u00e8te luxembourgeois Jean Portante en l\u2019occurrence, il s\u2019agit de voir avec les mots.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Quant<\/strong> \u00e0 Marco Godinho, artiste conceptuel d\u2019origine portugaise, aussi nomade que Jean Portante, sa langue tout aussi visuelle que textuelle brouille les codes et les repr\u00e9sentations : li\u00e9 \u00e0 l\u2019errance, \u00e0 la migration, son travail est un processus d\u2019\u00e9criture toujours n\u00e9 d\u2019une exp\u00e9rience ou d\u2019une contemplation, qui n\u2019en finit pas d\u2019accoucher d\u2019un dessin, d\u2019une vid\u00e9o, d\u2019une installation ou d\u2019une performance o\u00f9 pr\u00e9vaut le d\u00e9sir. Le d\u00e9sir de voir une r\u00e9alit\u00e9 enfouie, m\u00eame en cas de mistral absent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..* * *<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Par<\/strong> contre, \u00ab&nbsp;transmettre la gravit\u00e9 d\u2019un monde au bord du d\u00e9sastre&nbsp;\u00bb, c\u2019est tout l\u2019enjeu d\u2019<em>Ecological Anxiety Disorder<\/em>, une cr\u00e9ation visuelle et sonore hybride, entre installation, vid\u00e9o, performance, th\u00e9\u00e2tre et danse contemporaine, du duo Sandy Flinto &amp; Pierrick Grob\u00e9ty, associ\u00e9 \u00e0 Daniel Marinangeli pour la dramaturgie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Le<\/strong> spectacle \u2013 car c\u2019en est un \u2013 \u00e0 d\u00e9faut de r\u00e9ellement d\u00e9ranger (quoique&nbsp;!), \u00e0 d\u00e9faut surtout d\u2019\u00eatre donneur de le\u00e7on, le spectacle, donc, propose un voyage \u2026 pour le moins singulier, mouvement\u00e9. Qualifi\u00e9 pour la cause d\u2019odyss\u00e9e, par antonomase et en r\u00e9f\u00e9rence, depuis des si\u00e8cles, \u00e0 Hom\u00e8re, l\u2019a\u00e8de, le raconteur, le faiseur d\u2019all\u00e9gories \u00e0 la fois naturelles et divines.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Et<\/strong> donc terrible est le voyage jusqu\u2019\u00e0 ce d\u00e9sormais terrifiant 7<sup>e<\/sup> continent, form\u00e9 par les d\u00e9chets plastiques que nous produisons\/rejetons en quantit\u00e9 industrielle, surgi tel un monstre propyl\u00e8ne, l\u00e0, au beau milieu de l\u2019oc\u00e9an. Continent d\u2019autant plus terrifiant que l\u2019oc\u00e9an, selon Baudelaire, est notre miroir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Le<\/strong> film (de 45 minutes) commence dans la plus totale insouciance, quatre personnages (les quatre danseurs interpr\u00e8tes de la performance) jouant avec un ballon de plage. St\u00e9r\u00e9otype du tourisme de masse. &nbsp;On rit\u2026 pendant qu\u2019une voix off narre la trag\u00e9die qui se perp\u00e8tre. &nbsp;C\u2019est assourdissant mais inaudible pour les quatre joueurs. Et donc, au large, naufrage il y a d\u2019un navire qui ainsi d\u00e9verse 45 000 tonnes d\u2019huile de coco. La voix s\u2019ab\u00eeme dans la chronique annonc\u00e9e d\u2019un paradis perdu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..C\u2019est<\/strong> une dystopie. Noy\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9, une nuit d\u2019hydrocarbure. Et structur\u00e9e en s\u00e9quences, toutes chor\u00e9graphi\u00e9es\/chor\u00e9graphiques. Le corps est une mati\u00e8re immerg\u00e9e dans un univers sonore, au potentiel narratif percutant, et les corps font corps avec cette mati\u00e8re-b\u00e9ton composant le nouvel horizon.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..De<\/strong> la baignade, on passe \u00e0 la suffocation, les personnages, prisonniers d\u2019une neige synth\u00e9tique, un riz polym\u00e9rique, puis dans des filets de p\u00eache, devenant de pitoyables poissons t\u00e9moins impuissants de l\u2019invasion bact\u00e9rienne due au d\u00e9gel. Les humains deviennent fous. Se d\u00e9battant face \u00e0 une monstrueuse mer remplie de cartouches d\u2019encre. Le cauchemar est alors trou\u00e9 par une voix, celle d\u2019une improbable sir\u00e8ne. Que les humains escortent en ch\u0153ur. La chorale est am\u00e8re. C\u2019est une chorale du faux-semblant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Et<\/strong> puis, c\u2019est l\u2019orage. Habill\u00e9s d\u2019une parka orange, comme pour traverser un hiver \u00e9ternel, les naufrag\u00e9s, dans un sursaut, partent en exp\u00e9dition, bien d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 construire ailleurs\u2026 en renon\u00e7ant aux besoins artificiels. Jeter la vie d\u2019hier et occuper le 7<sup>e<\/sup> continent\u2026 &nbsp;sur les ruines d\u2019avant. Orage encore et mirages. Narration en rien classique, ton de velours pour endormir la cruaut\u00e9 du conte. Nouvelle sir\u00e8ne et lumi\u00e8res stroboscopiques. La civilisation dispara\u00eet. Entre rires et cris. Brouhaha, confusion, hyst\u00e9rie. Et puis, comble du d\u00e9senchantement, on recommence \u00e0 jouer au ballon. \u00ab&nbsp;Ils v\u00e9curent heureux\u2026 et n\u2019eurent jamais d\u2019enfants. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Taill\u00e9es<\/strong> \u00e0 la fois comme des fantasmes et des m\u00e9taphores, des illusions et des proph\u00e9ties \u2013 l\u2019\u00e9criture est fond\u00e9e sur les donn\u00e9es de l\u2019Ifremer (Institut fran\u00e7ais de recherche pour l\u2019exploitation de la mer) et du C\u00e8dre (entreprise experte dans les pollutions accidentelles en mer) \u2013&nbsp;les \u00e9tranges et troublantes sc\u00e8nes qui se succ\u00e8dent taquinent l\u2019apocalypse\u2026 sans y sombrer, tablant sur la sensibilisation par la beaut\u00e9. Et par l\u2019absurde, ce m\u00e9canisme surr\u00e9aliste qui charrie la toute-puissance du r\u00eave, mais aussi, paradoxalement, sa chute, d\u00e9signant alors l\u2019humanit\u00e9 englu\u00e9e dans l\u2019implacable absurdit\u00e9 du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..* * *<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Immersion<\/strong> aussi avec Jean-Marie Ghislain. Qui ne chor\u00e9graphie que le corps. Et m\u00eame sensibilisation par la beaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..L\u2019eau,<\/strong> pour Ghislain, c\u2019est d\u2019abord une terreur, li\u00e9e \u00e0 une trag\u00e9die intime, la mort de sa m\u00e8re par noyade. Et c\u2019est pour surmonter sa peur que l\u2019artiste\u2026 descend. En apn\u00e9e. Exercice aussi mental que physique qui se double d\u2019une autre \u00e9preuve&nbsp;: c\u00f4toyer le pr\u00e9dateur le plus ha\u00ef de la plan\u00e8te,&nbsp;le requin. Et le photographier, pour le sublimer, comme une catharsis, un moyen de convertir le ressentiment \u2013 se venger \u00e0 la fois de l\u2019injustice (la noyade de la m\u00e8re) et du tort\/sort symbolique (qu\u2019incarne le requin) \u2013&nbsp;par l\u2019esth\u00e9tisme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Toutefois,<\/strong> dans \u00ab&nbsp;Vers la r\u00e9conciliation et la joie\u00bb, point de requins. Mais des sir\u00e8nes. Non pas des disciples de M\u00e9lusine, la cr\u00e9ature l\u00e9gendaire fondatrice de l\u2019histoire de Luxembourg, mais des femmes \u00ab&nbsp;ordinaires&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;45 au total \u2013&nbsp;et nues. Plongeuses consentantes, mais une plong\u00e9e \u00e0 l\u2019allure de baignade. En piscine, qui plus est. Une forme de bonheur muet et de contact corporel avec la couleur (apparement sans filtre, juste en vertu du mouvement de l\u2019eau \u00e0 la surface). Tout autant qu\u2019avec une sorte de liquide originel, universel.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Selon<\/strong> la philosophe Cynthia Fleury, \u00ab&nbsp;l\u2019amer, la m\u00e8re, la mer, tout se noue&nbsp;\u00bb. Avec Ghislain, en prime, tout s\u2019harmonise. De s\u2019abandonner ainsi \u00e0 l\u2019eau dans un l\u00e2cher-prise total, la joie est \u00e9vidente, induisant manifestement une fraternisation avec son corps. Avec l\u2019image de son corps.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..\u00ab&nbsp;L\u2019eau<\/strong> nous rapproche de nous-m\u00eames&nbsp;\u00bb, voil\u00e0 donc le bel enjeu du projet, o\u00f9 Ghislain \u2013 qui s\u2019y est investi deux ans \u2013 trahit sa propre part d\u2019ombre et de lumi\u00e8re. Dans \u00ab&nbsp;Vers la r\u00e9concilation\u2026&nbsp;\u00bb, un transfert d\u2019exp\u00e9rience et une fa\u00e7on de d\u00e9finitivement id\u00e9aliser le couple mer-m\u00e8re, c\u2019est de lui-m\u00eame qu\u2019il parle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..En<\/strong> m\u00eame temps, dans cette tentative de f\u00e9minisation, \u00e9rotisation il y a. Ind\u00e9niablement. Dans le bain, la femme se tord, comme en une jouissance des reins, sans rien gommer non plus de l\u2019angoisse. Et \u00ab&nbsp;regarder, c\u2019est suivre les courbes, caresser, poss\u00e9der imaginairement&nbsp;\u00bb, du moins selon Laurent Jenny dans son essai <em>Le D\u00e9sir de voir<\/em>, qui pr\u00e9cise en citant Val\u00e9ry&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le monde visible est un excitant perp\u00e9tuel&nbsp;: tout r\u00e9veille et nourrit l\u2019instinct de s\u2019approprier la figure ou le model\u00e9 de la chose \u201cque construit le regard\u201d \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Il<\/strong> n\u2019emp\u00eache, mon coup de c\u0153ur ne se situe pas l\u00e0. Il suit la promenade sous-marine de Leina Sato, l\u2019\u00e9pouse apn\u00e9iste du photographe, \u00e9trange poisson solitaire, qui, tout en murmurant le po\u00e8me <em>\u00ab&nbsp;Home Coming&nbsp;\u00bb,<\/em> soul\u00e8ve le sable des fonds, lib\u00e9rant ainsi un environnement in\u00e9dit, un paysage aussi instable qu\u2019un brouillard, qui enveloppe en m\u00eame temps qu\u2019il \u00e9touffe, efface. C\u2019est le r\u00e8gne du silence assourdissant, de la perception errante&nbsp;: plus de lieu, plus de corps. Comme un d\u00e9but des temps.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..* * *<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..C\u2019est<\/strong> non pas le requin, mais la baleine que le po\u00e8te Jean Portante invoque. Et l\u00e0 aussi, la m\u00e8re n\u2019est jamais loin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Dans<\/strong> sa qu\u00eate inlassable de la baleine blanche, quand Melville d\u00e9crit son mal-\u00eatre, c\u2019est pour comprendre qu\u2019il est grand temps de prendre le large. Sauf que ce n\u2019est pas l\u00e0 une affaire de navigation. C\u2019est le large existentiel qui tombe sur la t\u00eate de l\u2019auteur, comme sur celle de Jean Portante, qui ne cesse de bourlinguer, aller vers l\u2019horizon, surtout trouver un ailleurs\u2026 sans forc\u00e9ment traverser les flots.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Mais<\/strong> la mer s\u2019ent\u00eate, sur le lit d\u2019h\u00f4pital de sa m\u00e8re, dans le drap qu\u2019elle tend entre ses doigts, le po\u00e8te lit la voile d\u2019un bateau. Arrim\u00e9 aux racines, l\u2019Italie.&nbsp; Par rapport au p\u00e8re, l\u2019histoire ondule, elle est migratoire, tourn\u00e9e vers les terrils. Au-del\u00e0, Portante charrie non l\u2019amer, mais l\u2019amertume, et sa ressource existentielle est alors\u2026 de prendre le large. Comme un fugueur permanent. Jamais assouvi. Toujours imp\u00e9nitent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..* * *<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..\u00ab&nbsp;Chaque<\/strong> homme, \u00e0 quelque p\u00e9riode de sa vie, a eu la m\u00eame soif d\u2019Oc\u00e9an que moi&nbsp;\u00bb, \u00e9crivait encore Melville.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Avec<\/strong> Herv\u00e9 Massard, l\u2019oc\u00e9an correspond \u00e0 un d\u00e9sir d\u2019immensit\u00e9. Du reste, avec lui, ce n\u2019est pas aux flots tranquilles que se mesure le marin, mais \u00e0 la haute mer. Impossible \u00e0 repr\u00e9senter, car ce n\u2019est pas un paysage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Si<\/strong> pas de g\u00e9ographie plane, pas de vision non plus de l\u2019espace physique ambiant, tel que le con\u00e7oit classiquement la g\u00e9om\u00e9trie (euclidienne).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Et<\/strong> donc, avec Massard, faiseur d\u2019\u00e9piphanies, ou d\u2019apparitions\/disparitions , on entre dans une autre dimension. Avec des signes de lumi\u00e8re \u00e9crits sur la surface. \u00c0 la surface de la mouvante masse aussi noire qu\u2019une nuit. Sachant que le noir concentre l\u2019espace, alors que la lumi\u00e8re, elle, le vaporise. Avec pour r\u00e9sultat final de nous d\u00e9sorienter. Du reste, il n\u2019est rien que l\u2019argentique ne soit capable de traduire, \u00e0 commencer par l\u2019haleine d\u2019un orage, le gras liquide pav\u00e9 par une lune ou pommel\u00e9 par des reflets d\u2019ordre spectral.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..L\u2019eau<\/strong> de Massard, c\u2019est celle de la m\u00e9moire et de l\u2019oubli en m\u00eame temps, c\u2019est celle du temps qui tout emporte et tout recr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Concr\u00e8tement,<\/strong> l\u2019artiste Massard travaille sur le terrain, il prend le bateau des semaines durant, escortant d\u2019autres navigateurs comme un r\u00e9verb\u00e8re. On le croise ainsi dans <em>The End of a State&nbsp;<\/em>(avec Robert Jelinek) et <em>All at Sea,<\/em> ces programmes qui utilisent une approche scientifique afin d\u2019explorer ce que l\u2019art peut mettre en mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Int\u00e9grant<\/strong> ces programmes, Massard&nbsp; a donc l\u2019occasion de confronter ce qu\u2019il pensait savoir avant de se jeter en mer avec la r\u00e9alit\u00e9 en constante \u00e9volution une fois en mer. Et son d\u00e9fi, c\u2019est d\u2019alors cr\u00e9er une nouvelle r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: c\u2019est ainsi, comme une fa\u00e7on de peindre sur l\u2019eau par la lumi\u00e8re, qu\u2019il fait surgir des symboles \u2013 dont le signe de l\u2019infini et le carr\u00e9 \u2013&nbsp; de\/sur l\u2019incertain (marin ou maritime). Autrement dit, \u00ab&nbsp;il met en forme l\u2019informe de l\u2019oc\u00e9an&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Massard,<\/strong> c\u2019est un art de la sublimation. Et, le temps d\u2019une exposition, nous donner \u00e0 voir une mer non g\u00e9ographique, une \u00ab&nbsp;mer imaginale&nbsp;\u00bb, territoire entre visible et invisible, vivier d\u2019exp\u00e9rimentations sensibles et m\u00e9taphysiques &nbsp;(dixit Cynthia Fleury), c\u2019est nous donner une aptitude \u00e0 la po\u00e9sie&nbsp;: une d\u00e9marche qui participe \u00e9galement du sublime. L\u2019ivresse est absolue et notre regard d\u00e9finitivement autre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..* * *<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..La<\/strong> po\u00e9sie en tant qu\u2019issue, voil\u00e0 ce qui est aussi &nbsp;\u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la pratique nomade de Marco Godinho, o\u00f9 l\u2019\u00e9criture a donc une part importante, tout comme le temps, et le rituel, qui est une mani\u00e8re de se rattacher aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..La<\/strong> preuve avec <em>Offrir quelques mots \u00e0 la rive,<\/em>&nbsp;dans le cadre de WaterWalls, \u00e0 Esch-sur-S\u00fbre, un festival perfus\u00e9 par l\u2019\u00e9conomie circulaire (mat\u00e9riaux r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s\/recycl\u00e9s) et le projet participatif.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Et<\/strong> donc, <em>Offrir quelques mots \u00e0 la rive,<\/em> c\u2019est une plateforme circulaire entre eau et for\u00eat, o\u00f9 un porte-voix dor\u00e9 est install\u00e9, comme une girouette, sensible au vent, d\u2019o\u00f9 les paroles s\u2019envolent\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..C\u2019est<\/strong> qu\u2019en amont, en r\u00e9sidence d\u2019\u00e9criture, Marco a tricot\u00e9 des r\u00e9cits inspir\u00e9s de ses rencontres avec les habitants de la r\u00e9gion, et ce sont ces fragments de vie et autres histoires intimes ou universelles en lien avec les \u00e9l\u00e9ments naturels que l\u2019artiste partage \u00e0 haute voix, avec son fr\u00e8re Fabio, lors de lectures-performances.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..En<\/strong> marge de cette cr\u00e9ation performative po\u00e9tique, tout l\u2019enjeu du projet, c\u2019est d\u2019initier un rituel&nbsp;: inviter les spectateurs \u00e0 s\u2019approprier le porte-voix n\u2019importe quand, afin de chanter\/d\u00e9clamer\/crier tout ce qui leur tient \u00e0 c\u0153ur et faire donc eux-m\u00eames \u00ab une offrande \u00e0 la rive \u00bb. Non seulement le projet prend ainsi vie en collectif, mais il transforme le belv\u00e9d\u00e8re de bois en un trait d\u2019union entre espaces physique et mental.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Sinon,<\/strong> il y a <em>Written by Water,<\/em>&nbsp;le projet-phare de Marco Godinho, une oeuvre-dispositif d\u00e9velopp\u00e9e \u2013 \u00e0 la 58<sup>e&nbsp;<\/sup>Biennale de Venise (2019) \u2013&nbsp;en plusieurs pi\u00e8ces, mat\u00e9rielles (installations, vid\u00e9os) et immat\u00e9rielles (performances).<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>\u2026..Dans<\/strong>&nbsp;Written by Water&nbsp;<\/em>convergent les voyages de Marco, entrepris du Nord au Sud, \u00e0 rebours des migrations r\u00e9centes, \u00ab&nbsp;\u00e0 la recherche de r\u00e9cits anciens pour lesquels la M\u00e9diterran\u00e9e a servi de d\u00e9cor et qui aujourd\u2019hui encore sont per\u00e7us comme les piliers d\u2019un imaginaire commun&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Et<\/strong> Marco Godinho, au terme de son odyss\u00e9e, de plonger des cahiers dans la M\u00e9diterran\u00e9e, autant de r\u00e9cits, ces variables nomades rattach\u00e9es \u00e0 toutes les pens\u00e9es, mythologies, fictions ou funestes r\u00e9alit\u00e9s qui se &nbsp;rattachent \u00e0 la mer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Et<\/strong> seule la mer, paysage organique et monde en perp\u00e9tuel mouvement, \u00ab&nbsp;t\u00e9moin de tant d\u2019histoires et de destins qu\u2019elle aura vu passer, saura ce que contiennent r\u00e9ellement ces pages imbib\u00e9es et ondul\u00e9es&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..En<\/strong> m\u00eame temps, \u00ab&nbsp;c\u2019est \u00e0 travers l\u2019introspection du public et son immersion dans toutes ces \u00abm\u00e9moires vives\u00bb orchestr\u00e9es par l\u2019artiste \u2013 qui ne demandent d\u2019ailleurs qu\u2019\u00e0 \u00eatre effac\u00e9es \u2013 que se fera la r\u00e9\u00e9criture perp\u00e9tuelle de r\u00e9cits engloutis&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..\u2026..* * *<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2026..Enfin,<\/strong> on doit \u00e0 Alexis Vandeweerd, \u00e9tudiant \u00e0 l\u2019Uni, aussi po\u00e8te en herbe, <em>L\u2019Eau-del\u00e0 des villes,<\/em> une imagerie nocturne hallucin\u00e9e o\u00f9 les lumi\u00e8res urbaines \u2013 mar\u00e9es scintillantes \u2013&nbsp;se confondent aux \u00e9toiles, ces lucioles de la mer c\u00e9leste. C\u2019est un travail vid\u00e9aste hypnotique, qui tourne en boucle, &nbsp;comme un acc\u00e9l\u00e9rateur de particules d\u2019inqui\u00e9tude, dans la lign\u00e9e du sombre regard d\u2019un David Lynch.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2026..Retrouvez toutes ces \u0153uvres sur notre page <a href=\"https:\/\/waterandsea2021.uni.lu\/programme\/evenements-artistiques-et-performances\/\">\u00ab \u00c9v\u00e9nements artistiques et performances \u00bb<\/a>.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par&nbsp;Marie-Anne Lorg\u00e9 (critique d\u2019art) \u2026..La voyelle O est bleue, c\u2019est comme \u00e7a depuis Rimbaud. Et le bleu, c\u2019est la couleur qui dit symboliquement la mer. Et quand les artistes nous parlent d\u2019eau, ce n\u2019est pas tant des fleuves et rivi\u00e8res, auxquels on a tellement fait violence depuis la r\u00e9volution industrielle, en d\u00e9tournant les lits, bouchant &hellip; <a href=\"https:\/\/waterandsea2021.uni.lu\/en\/sous-la-surface\/\">Continued<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":62,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/waterandsea2021.uni.lu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/277"}],"collection":[{"href":"https:\/\/waterandsea2021.uni.lu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/waterandsea2021.uni.lu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/waterandsea2021.uni.lu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/62"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/waterandsea2021.uni.lu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=277"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/waterandsea2021.uni.lu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/277\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/waterandsea2021.uni.lu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=277"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}